Trains possibles
En vérité je vous le dis, nous sommes nés parmi les esprits. Dans toute notre brute ignorance, nous errions à la recherche de sens et le mystère nous a subjugué. Nous élevions des clochers, nous laissions guider par d’autres forces que la raison. De la mort, la religion nous a éloignés, réchauffés, consolés. Puis nous a trompés, divisés, dirigés. Nous avons cru en ses promesses, ses idoles nous sauvaient de la détresse
En vérité je vous le dis, le chaos ne se fuit. Au mieux il est accepté, au pire il est dissimulé. Voici, les anciens dieux sont tombés de haut. Dans leur chute a surgi un siècle nouveau. Dans leur fracas, les Nations se sont soulevées. Dans leur jeunesse sont nées les pires idées.
Voici le train qui arrive.
En vérité je vous le dis, cette machine nous l’avons chérie.Nous l’avons admirée chaque jour, nous lui avons presque fait l’amour. À ce train qui nous a permis de tout changer dans nos vies, de relier entre blocs des pays encore sous le choc. Ces wagons, ces bagages, permettant les plus grands voyages nous ont révélé leur autre visage.
En vérité je vous le dis, beaucoup trop ont obéi. Les boîtes que sont les compartiments et dans lesquelles on entasse les gens peuvent mener en enfer. Sur ces marécageuses terres gît une plate-forme meurtrière, gare de tous les trains sans retour où se nouent les réseaux ferroviaires. On donna un nom à ce carrefour :
Birkenau.
Nous y avons vu les rails se jeter dans le feu. Oui nous avons compris dans ce lieu que la Machine rend toute idée possible, aussi folle soit-elle. Oui je vous le dis, nous avons sillonné l’Europe jour et nuit, Europe continent meurtri. Seul un rêve peut en remplacer un autre alors rêvons chers amis. Sans dieu ni chef, ce rêve est comme une lumière au milieu des ténèbres passées. Une flamme que rien ne peut freiner.













